Les jardins cachés de Paris que seuls les locaux connaissent

Paris n’est pas faite que de pierre, de béton, de métal et de goudron. On y trouve aussi beaucoup de verdure et plus de 500 parcs, jardins et squares publics.

Parmi ces derniers, certains sont bien connus des Parisiens et des touristes : Jardin des Plantes, Jardin du Luxembourg, Parc Monceau, Parc des Buttes Chaumont… Mais il existe aussi des jardins plus discrets, des recoins secrets et des refuges de tranquillité que même certains Parisiens ne connaissent pas.

Cet article vous présente 8 de ces jardins cachés de Paris avec toutes les informations nécessaires pour en profiter : histoire, localisation et moyens d’y accéder, horaires…


Situé au cœur du quartier emblématique du Marais dans le 4e arrondissement, le Jardin des Rosiers-Joseph-Migneret est accessible par l’entrée au 10 rue des Rosiers.

Enclavé entre les façades de pierre de trois hôtels particuliers historiques, ce jardin étonne par son existence même : une fois franchies ses portes discrètes, on bascule dans un univers d’une sérénité absolue, protégé du tumulte urbain environnant.

Créé en 2007 et achevé définitivement en 2014, le Jardin des Rosiers-Joseph-Migneret résulte de la réunion de trois jardins privés ayant appartenu à des hôtels particuliers datant du XVIIe siècle : l’hôtel de Coulanges, l’hôtel Barbes et l’hôtel d’Albret.

Cette fusion complexe a demandé une prouesse paysagère pour surmonter les différences de niveaux entre les trois propriétés. La paysagiste Marie-Odile Ricard a imaginé trois espaces distincts, chacun révélant progressivement ses charmes : l’un orné de plantations en espalier et d’une pelouse ensoleillée, un deuxième plus réduit en surplomb, et un troisième s’ouvrant sur une orangerie datant du XVIIe siècle.

Au milieu des cornouillers blancs, des orangers du Mexique et des bouquets de bouleaux, on peut également y observer les vestiges de l’une des soixante-dix-sept tours de l’enceinte de Philippe Auguste (XIIIe siècle).

Métro : Saint-Paul (lignes 1, 5)
Bus : lignes 29, 65, 69, 76, 96
Adresse : 10 rue des Rosiers, 75004 Paris

Horaires : 8h-17h15 (hiver) / 8h-19h (été)

Le Marais offre bien d’autres trésors : la Place des Vosges, plus ancienne place royale de Paris ; la Synagogue de l’Université avec son architecture Art nouveau ; le Musée Picasso au sein d’un hôtel particulier magnifiquement restauré ; et l’Hôtel de Soubise, siège des Archives de France.


Caché au bout d’une ruelle piétonne sans issue du 7e arrondissement, le Square Roger-Stéphane est accessible par la rue Juliette-Récamier.

Ce qui frappe d’abord au Square Roger-Stéphane, c’est sa topographie vallonnée, rare à Paris. Les douces buttes plantées d’espèces d’ombre (rhododendrons, azalées, bruyères) alternent avec les terrasses fleuries de fuchsias, géraniums, pervenches, magnolias et lavandes. Un immense hêtre pleureur domine les lieux. Un bassin en cascade, aménagé en hommage à Madame Récamier, confère un charme supplémentaire.

Le jardin est construit sur un emplacement autrefois occupé par l’Abbaye-aux-Bois, fondée au XIIIe siècle. Lors de la Révolution française, le bâtiment a été nationalisé et les soeurs qui l’occupaient ont été dispersées. L’Abbaye a alors été transformée en prison durant la Terreur, puis vendue en 1797 et transformée en habitations privées.

En 1907, les bâtiments ont finalement été rasés lors de l’élargissement de la rue de Sèvres. La rue Juliette-Récamier et le square ont alors été tracés sur les terrains libérés.

En 1919, à l’emplacement du cloître de l’ancienne Abbaye, on a également construit le Théâtre Récamier, salle qui accueillit Jean Vilar et la Compagnie Renaud-Barrault, puis la Comédie-Française jusqu’en 2008.

Métro : Sèvres-Babylone (lignes 10, 12), Saint-Sulpice (ligne 4)
Bus : lignes 70, 87, 89, 95
Adresse : 7 rue Juliette-Récamier, 75007 Paris

Horaires : 24h/24

Le 7e arrondissement propose d’autres merveilles : l’Église Saint-Sulpice, la plus grande église parisienne après Notre-Dame ; la Librairie Gallimard rue de l’Odéon ; le Musée Delacroix ; et la proximité avec les quais de la Rive Gauche.


Les 34 hectares de jardins de Cité Internationale Universitaire de Paris se trouvent dans le 14e arrondissement. L’entrée principale se trouve juste en face de la sortie du RER Cité Universitaire (Ligne B).

Cité internationale universitaire de Paris est une résidence qui accueille 6000 étudiants et chercheurs venus du monde entier.

Le parc compte 3 045 arbres de 235 essences différentes. Certains arbres reflètent précisément cette dimension internationale : le cèdre bleu pleureur de l’Atlas, le tulipier de Virginie, le sophora du Japon, le ginkgo biloba de Chine. Plus de 179 espèces de fleurs sauvages vivent en harmonie dans cet écosystème urbain exceptionnel.

Surtout, la Cité Universitaire regroupe 40 maisons construites entre 1925 et 1969. Elles regroupent les étudiants par pays d’origine. Elles ont été financées par les pays d’origine et reprennent des éléments architecturaux et décoratifs qui s’en inspirent : Chine, Japon, Mexique, Maroc, Grèce, Indonésie, Angleterre… On a ainsi l’impression de parcourir le monde en se baladant dans les allées de cet énorme jardin.

Cinq de ces maisons sont d’ailleurs classées monuments historiques. Parmi elles, la Fondation Suisse et la Maison du Brésil, conçues par Le Corbusier.

L’idée de la Cité internationale universitaire de Paris a été lancée dans les années 1920 par le ministre de l’Instruction André Honnorat. Le projet reposait sur les idées hygienistes et pacifiste de l’époque. Il s’agissait en effet d’offrir aux étudiants des logements sains, alors que beaucoup résidaient dans des chambres insalubres dans le contexte de la crise du logement de l’époque. Il s’agissait également de favoriser les échanges interculturels et le dialogue pacifique entre les nations au lendemain de la Première Guerre mondiale.

RER : Cité Universitaire (ligne B)
Bus : lignes 21, 67, 88, 126, 216 ; Tramway T3A
Adresse : Boulevard Jourdan, 75014 Paris

Horaires : 24h/24

Le 14e arrondissement offre d’autres destinations : le Parc Montsouris adjacent, le Musée Bourdelle (détaillé ci-après), la Rue Campagne-Première célèbre pour ses artistes du XXe siècle, et l’Observatoire de Paris.


Niché dans le 15e arrondissement de Paris, à deux pas de la tour Montparnasse, le Jardin du Musée Bourdelle est accessible depuis 18 rue Antoine Bourdelle.

Ce jardin fait partie de l’ensemble architectural qui a servit d’atelier entre 1885 et 1929 au sculpteur Antoine Bourdelle (figure centrale de l’École de Paris aux côtés de Modigliani, Archipenko, Chagall et Lipchitz).

L’ensemble, parfaitement conservé, est désormais transformé en musée gratuit. Dans le jardin, cœur battant du musée, on peut ainsi admirer les sculptures du maître, exposées de manière organique.

Dans ce jardin, la végétation abondante coexiste donc naturellement avec les sculptures en bronze. Certaines de ces dernieres occupant l’emplacement exact qu’elles occupaient du vivant de Bourdelle, notamment le monumental Torse de la Ville détruite, érigé dans le port de Rotterdam en 1953 pour symboliser la destruction de cette ville lors des bombardements de 1941. Enfin, des assises taillées dans du bois de chêne massif invitent les visiteurs à la contemplation prolongée.

En 1922, Antoine Bourdelle a entreprit les démarches pour léguer son studio à la Ville de Paris, à laquelle il était très attaché. Cependant, sa mort en 1929 a privé cette intention de sa réalisation.

En 1932, Gabriel Cognacq, grand mécène parisien, a acquit l’atelier pour éviter la dispersion des chefs-d’œuvre. En 1949, il en fit le Musée Bourdelle, marquant un moment historique pour la conservation du patrimoine artistique parisien.

Le musée abrite aujourd’hui plus de 500 sculptures, des peintures, des pastels, des esquisses de fresques, et les copies personnelles de Bourdelle d’œuvres de maîtres comme Delacroix, Ingres et Auguste Rodin.

Métro : Falguière (ligne 12), Montparnasse-Bienvenüe (lignes 4, 6, 12, 13)
Bus : lignes 28, 58, 82, 91, 92, 94, 95, 96
Adresse : 18 rue Antoine-Bourdelle, 75015 Paris

Horaires : 10h-18h (mar-dim) / fermé lundi – Accès gratuit au musée.

Le quartier Montparnasse offre un contexte artistique riche : la Gare Montparnasse, le Musée de la Vie Romantique (détaillé ci-après), la Rue Campagne-Première avec ses ateliers d’artistes toujours actifs, et le Musée Zadkine.


Au 62 rue Saint-Antoine, dans le cœur du Marais, dans le 4e arrondissement, on peut pénétrer dans la cour et le jardin de l’Hôtel de Sully.

L’Hôtel de Sully, datant du XVIe siècle, offre un passage couvert, traversant entièrement la propriété, et conduisant vers la Place des Vosges. Celui-ci permet de passer à travers la cours d’honneur et d’apercevoir le jardin de style Louis XIII.

Conçu au XVIIe siècle, ce jardin est composé de quatre pelouses entourées de buis et d’une orangerie.

La construction de Hotêl de Sully a été lancée en 1625 par le contrôleur des finances Mesme Gallet. Joueur invétéré, se dernier a néanmoins perdu sa fortune aux dés et il a du vendre l’édifice inachevé à Jean Habert de Montmagny en 1627. Ce dernier l’a ensuite revendu au conseiller d’État Roland de Neufbourg, qui a terminé les travaux en 1630.

Le 23 février 1634, Maximilien de Béthune, duc de Sully, distingué homme d’État et confident d’Henri IV, a acquit l’ensemble, donnant ainsi son nom définitif au lieu. À partir de ce moment, l’Hôtel de Sully est devenu un foyer de pouvoir politique et culturel majeur.

Au XIXe siècle, l’édifice a commencé à être très entretenu et à se dégrader. En 1961, le Centre des monuments nationaux a acquit l’immeuble et a commencé à le restaurant pour en faire son siège. Aujourd’hui, on peut ainsi y voir diverses expositions sur l’architecture patrimoniale française et ses enjeux contemporains.

Métro : Saint-Paul (lignes 1, 5), Chemin Vert (ligne 8)
Bus : lignes 29, 65, 69, 76, 96
Adresse : 62 rue Saint-Antoine, 75004 Paris

Horaires : 8h-17h15 (hiver) / 8h-19h (été)

Le Marais regorge d’attractions patrimoniales : la Place des Vosges accessible directement par le passage, la Synagogue de l’Université avec son dôme art nouveau, le Musée Picasso logé en hôtel particulier, le Musée Carnavalet, et d’innombrables galeries d’art contemporain.


Accroché à l’extrême pointe occidentale de l’Île de la Cité, le Square du Vert-Galant est accessible depuis un escalier qui se trouve sur le Pont Neuf, derrière la statue équestre d’Henri IV.

Une fois que l’on a descendu l’escalier permettant d’y accéder, un jardin suspendu au milieu de la Seine, bordé de saules aux feuilles pendantes, de peupliers centenaires et d’arbustes en fleurs au printemps.

La perspective depuis ce jardin est incomparable : face au Pont des Arts, on aperçoit vers le sud le bâtiment de la Monnaie de Paris, vers l’est le Musée du Louvre aux façades étincelantes, vers l’ouest les quais pittoresques. La flèche de la Sainte-Chapelle encadre le paysage depuis le nord.

Le Square du Vert-Galant tire son nom de Henri IV, surnommé le Vert Galant. C’est lui a lancé la construction de la Place Dauphine et du Pont Neuf, sous lequel ce trouve ce jardin.

Métro : Pont-Neuf (ligne 7)
Bus : lignes 24, 27, 72, 81, 85, 91
Adresse : Place du Pont-Neuf, 75001 Paris

Horaires : 24h/24 (accès libre)

L’Île de la Cité offre une concentration inégalée de patrimoine : la Cathédrale Notre-Dame (en restauration), la Sainte-Chapelle avec ses vitraux incomparables, la Conciergerie, le Musée de Notre-Dame, et les Bouquinistes des quais.


À proximité du Jardin du Luxembourg, dans le 6e arrondissement au 100 bis rue d’Assas, on peut entrer dans le Musée Zadkine et profiter de son petit jardin.

Le musée et le jardin font partie des anciens ateliers du sculpteur Ossip Zadkine (sculpteur d’origine russe et une figure majeure du cubisme sculptural et de l’avant-garde parisienne).

Dès son arrivée à Paris en 1909, Zadkine a gravit les échelons de la reconnaissance artistique auprès de la première École de Paris, ce mouvement qui rassembla Archipenko, Chagall, Lipchitz et Modigliani, tous venus d’Europe centrale et orientale à la recherche de liberté créative. C’est en 1928, qu’il est installé dans cette maison de la rue d’Assas.

Le jardin paysager que l’on peut voir aujourd’hui a été spécifiquement lors de la transformation de l’atelier de Zadkine en musée. Conçu par Gilles Clément, paysagiste français contemporain, il permet accueillir les sculptures majeures de l’artiste dans un dialogue constant avec la végétation. Des assises en chêne massif invitent à la halte contemplative. Plusieurs essences—prunus, érables, bouleaux—offrent une canopée naturelle variant avec les saisons.

Certaines sculptures s’y trouvent depuis qu’Ossip Zadkine y travaillait vivant, notamment Orphée et le Torse de la Ville détruite, disposés aux pieds de grands sycomores.

Zadkine a accumulé environ 300 sculptures et 500 œuvres sur papier (dessins, photographies, tapisseries) tout au long de sa vie créative. À sa mort en 1967, son épouse Valentine Prax a hérité de l’ensemble. Devant l’ampleur du legs et la complexité de sa préservation, elle a fait donation à la Ville de Paris de la propriété entière, incluant l’atelier, la maison d’habitation et toutes les collections.

Le musée a été inauguré en 1982. Trois à quatre expositions d’art contemporain y sont organisées annuellement depuis 1995.

Métro : Vavin (ligne 6), Port-Royal (lignes 4, RER B)
Bus : lignes 38, 83, 84, 89
Adresse : 100 bis rue d’Assas, 75006 Paris

Horaires : 10h-18h (mar-dim) / fermé lundi – Accès gratuit au musée.

Le quartier offre des contrastes fertiles : le Jardin du Luxembourg adjacent, le Musée Delacroix, le Musée Bourdelle déjà décrit, et l’Église Saint-Sulpice aux dimensions impressionnantes.


Le Jardin du Musée de la Vie Romantique, est dissimulé au 16 rue Chaptal dans le quartier de la Nouvelle Athènes, dans le 9e arrondissement.

En franchissant la porte discrète, on descend une cinquantaine de mètres dans un passage privé avant de déboucher dans une cour extrêmement calme et sereine. Là résident les principaux trésors : des roseraies de variétés anciennes telles que Little White Pet, Iceberg, Burgundy Ice, The Fairy, roses parfumées reflétant l’esthétique romantique du XIXe siècle.

Les allées ombragées sont plantées d’hydrangéas persistants, d’hortensias roses, de jasmins d’hiver et d’été qui escaladent les treillages avec grâce. Un érable panaché d’environ cent ans demeure le témoin silencieux des générations passées. Les fuchsias apportent des éclats de couleur estivaux. Les bruyères, les pervenches, les magnolias et les lavandes complètent cette palette de charme intemporel.

Au cœur du jardin se dresse une serre Belle Époque, datant de la fin du XIXe siècle, transformée en salon de thé en partenariat avec Rose Bakery. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h 30, ce salon offre des pâtisseries artisanales, des produits biologiques et de saison, reflétant une philosophie de qualité et de responsabilité.

L’histoire du lieu commence avec Ary Scheffer (1795-1858), peintre d’origine hollandaise qui s’établit en France et devint une figure majeure de la peinture romantique. Sa maison-atelier, l’Hôtel Scheffer-Renan, devint un foyer d’inspiration artistique intense tout au long de la première moitié du XIXe siècle. Des artistes, écrivains et musiciens éminents fréquentaient les salons de Scheffer, créant une dynamique culturelle unique.

À l’époque de Scheffer, deux petits jardins de fleurs existaient : l’un visible depuis le salon par des fenêtres latérales, l’autre à l’emplacement actuel. Une cour pavée était encadrée par une grille élégante, ainsi qu’une écurie et des remises, architectures disparues lors des modernisations ultérieures. À la fin du XIXe siècle, la serre romantique fut érigée, introduisant un élément architectural caractéristique de l’époque.

En 1986, la Ville de Paris transforma la demeure en musée dédié à la Vie Romantique, préservant ainsi le patrimoine immatériel d’une époque révolue. Collections de meubles, costumes, bijoux et œuvres d’art relatifs à la période romantique s’y exposent, contextualisant le jardin dans l’esthétique globale de ce mouvement.

Métro : Saint-Georges (ligne 12), Pigalle (lignes 2, 12), Blanche (ligne 2)
Bus : lignes 30, 54, 67, 81, 95
Adresse : 16 rue Chaptal, 75009 Paris

Horaires : 10h-17h30 (mar-dim) / fermé lundi

Le 9e arrondissement offre une dynamique culturelle : Pigalle avec sa vie nocturne animée, le Musée Grévin, la Basilique du Sacré-Cœur accessible en funiculaire, et l’Opéra Garnier aux façades décorées.