« La vie, c'est Paris ! Paris, c'est la vie ! » (Marie Bashkirtseff)


Alice Milliat en aviron

Alice Milliat

Alice Milliat est une une figure féminine de Paris et une militante du sport. Elle a dirigé le Fémina Sport situé dans le 14ème arrondissement de Paris et fondé la Fédération des sociétés féminines et sportives de France.

Sportive et féministe

Alice Milliat nait le 5 mai 1884 à Nantes, en Loire-Atlantique, où ses parents tiennent une épicerie dans le centre-ville.

À 19 ans, elle part en Angleterre. Elle y occupe un emploi de préceptrice dans une famille aisée de Londres, avec laquelle elle voyage également aux États-Unis et en Scandinavie. Cette situation lui permet d’apprendre l’anglais et d’autres langues, mais aussi de commencer à pratiquer un sport, puisque cela est alors à la mode au sein des classes aisées anglaises. Elle apprécie tout particulièrement le football et l’aviron. Enfin, elle découvre avec intérêt la lutte des suffragettes anglaises pour l’égalité et le droit des femmes.

En 1907, elle rentre à Nantes. Son mari, rencontré à Londres, décède la même année. Veuve et indépendante, Alice Milliat part alors pour Paris et y travaille comme sténographe-interprète.

Alice Milliat Figure féminine de Paris

Présidente du Fémina Sport

Maryse Bastié devient membre du Fémina Sport, un des premiers clubs sportifs féminins français, fondé en 1911.

Le club est basé dans le stade Elisabeth situé dans le 14ème arrondissement de Paris. Il attire plutôt les jeunes sportives de condition modeste, issues des nouvelles classes urbaines, mais se cantonne alors aux disciplines traditionnellement réservées aux jeunes filles — des cours de gymnastiques rythmiques et dansées — là ou d’autres clubs féminins plus progressistes autorisent déjà le football.

Les athlètes du Femina Sport en 1920

Alice Milliat devient présidente du Femina sport en 1915. C’est peut-être sous son influence que le club commence à proposer d’autres sports : athlétisme et basket-ball d’abord ; puis football ; et même rugby, selon les règles de la barette mises en place par Marie Houdré.

Elle poursuit également la pratique de l’aviron à haut niveau et remporte en 1922 le trophée « Audax-rameur » pour avoir parcouru 80 kilomètres sur la Seine en moins de 12 heures.

Alice Milliat en aviron

Fondatrice de la Fédération des sociétés féminines et sportives de France

En 1917, Alice Milliat organise le premier championnat d’athlétisme pour femmes et crée la Fédération des sociétés féminines et sportives de France (FSFSF) deux ans plus tard. En 1922, cette fédération organise dans le stade Pershing à Paris les premiers Jeux olympiques féminins. Et cela, en réponse à la décision de Pierre de Coubertin et du CIO de faire de leurs Jeux olympiques une compétition réservée aux hommes dans laquelle les femmes ne sont autorisées qu’à jouer au golf, au tennis, au tir à l’arc … et à remettre les médailles dans les autres disciplines.

Les jeux mis en place par Alice Milliat sont un succès, néanmoins Pierre de Coubertin reste inflexible. Aussi, entre 1924 et 1934, elle en organise cinq autres éditions, renommées Jeux mondiaux féminins après que le CIO ait fait interdire l’utilisation du mot «olympique» en invoquant un plagiat. En 1934, à Londres, Alice Milliat finit par attirer plus de 6 000 spectateurs par jours.

Durant les jeux olympiques féminins à Paris en 1922

Ouverture des Jeux olympiques aux femmes

Face à ce succès grandissant qui risque de faire de l’ombre aux Jeux olympiques, le CIO accepte d’ouvrir aux femmes des disciplines supplémentaires, et notamment en athlétisme, à partir des JO de1928 à Amsterdam. Alice Milliat est même conviée à participer au jury.

La question de la dilution des Jeux mondiaux féminins au sein des JO fait alors débat au sein de la FSFI, mais Alice Milliat encourage l’organisation à les maintenir afin de continuer à faire pression sur le CIO. D’ailleurs, lorsque la FSFI commence à décliner, notamment en raison de la crise économique des années 1930 qui réduit les subventions dont elle bénéficie, le CIO réduit la participation féminine aux JO. Et Alice Milliat n’y est plus invitée.

Fatiguée et attaquée dans la presse, Alice Milliat finit par quitter ses fonctions de présidente de la FSI, qui ne lui survit pas et disparaît en 1938. Alice Milliat reprend alors un travail d’interprète et de traductrice et meurt dans l’anonymat le 19 mai 1957.

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Amélie Élie, alias Casque d’Or

Amélie Élie — surnommée Casque d’Or — était une prostituée parisienne. Elle a été rendue célèbre par la presse en raison de son implication dans un affrontement entre deux bandes de voyous en 1902 et elle a finie par devenir un personnage historique de Paris !

Prostitution

Amélie Élie est née en 1870 à Orléans, puis a rapidement déménagé à Paris avec ses parents. Elle a ainsi grandi dans une petite chambre de l’impasse des Trois-sœurs, près de la rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement. Ce quartier était insalubre. On y trouvait essentiellement des ouvriers, des chiffonniers et des marginaux. L’espérance de vie enfants y était sept fois inférieures à celle des beaux quartiers de la capitale. Et une fille sur dix finissait par s’y prostituer.

La rue Popincourt vers 1900

À quatorze ans, Amélie Élie a perdu sa mère et s’est retrouvée à la rue. Elle a alors été recueillie par une péripatéticienne qui se faisait appeler « Hélène de Courtille » et qui vivait dans le quartier de Belleville, dans le 20ème arrondissement. Cette dernière l’a alors mise sur le trottoir afin qu’elle se prostitue elle aussi. C’est à cette époque qu’Amélie Élie a pris le surnom de Casque d’Or en raison de sa chevelure blonde coiffée de façon à ressembler à un casque.

Casque d’Or à trente ans (photographies datant de 1902)

Triangle amoureux et bagarres entre bandes

Après avoir fui un autre proxénète sous la coupe duquel elle était tombée, Casque d’Or, alors âgée de dix-neuf ans, est tombé amoureuse de Joseph Pleigneur, dit Manda. Ce dernier, âgé de vingt-deux, était le chef d’une bande du quartier de Charonne et il était notamment connu pour ses compétences dans la fabrication d’outils de cambrioleur, comme de fausses clefs ou encore des pinces coupantes.

Amélie Élie a continué de se prostituer et Manda était souvent absent. C’est ainsi qu’en 1902 elle a rencontré un certain Dominique Leca, ancien militaire et chef d’une autre bande située dans le quartier de Popincourt, le quartier où elle avait grandi.

Manda et Leca photographiés lors de leur arrestation en 1902

Manda n’a pas accepté que Casque d’Or le quitte et — accompagné de sa bande — il s’en est alors pris à Leca qui a fini par recevoir par un coup de couteau. Manda a été arrêté par la police, mais Leca a refusé de témoigner contre lui et il a été libéré. L’affrontement entre la bande de Charonne et celle de Popincourt s’est donc poursuivi durant plusieurs jours, dans différents quartiers de Paris, à coup de couteau, de hachette et de revolver. Manda a été de nouveau arrêté et envoyé en prison grâce au témoignage des parents de Leca.

Entre-temps, toute cette affaire avait attiré l’attention de la presse en plus de celui de la police.

Casque d’Or et deux acteurs rejouant l’affrontement de Manda et Leca dans un théâtre en 1902

Célébrité

En effet, en ce mois de janvier 1902, l’histoire a fait la une de la presse qui s’est indignée de la présence de ces bandes de voyous au milieu de Paris, de l’insécurité régnant en ville et de l’incapacité des autorités à y mettre fin. Un journaliste du Petit Journal écrivit ainsi : « Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein Paris, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffée à la chien ! ».

Au-delà de l’indignation, le public s’est piqué d’intérêt pour Casque d’Or, la prostituée qui a suscité les passions et pour qui des dizaines d’hommes se sont battues dans la capitale. Amélie Élie a alors été sollicitée afin de poser pour des photographes et des peintres. Des cartes postales et des tableaux ont été faits à son effigie et des chansons ont été écrites pour narrer ses aventures. Elle a même engagé pour jouer son propre rôle au théâtre. Cela lui a permis de gagner de l’argent et de vivre confortablement avec Leca pendant un temps.

Casque d’Or posant devant le peintre Albert Depré vers 1902

Mais même si Manda était emprisonné, les affrontements entre sa bande et celle de Leca se sont poursuivis et ce dernier a également été enfermé. En mai 1902, Manda et Leca ont été jugées et condamnées aux travaux forcés au bagne à Cayenne, en Guyane. Leca s’en est évadé en 1916 et n’a pas été retrouvé. Manda a été libéré en 1922, mais n’a pas été autorisé à revenir à Paris.

Personnage historique de Paris

Casque d’Or, quant à elle, s’est vue proposer de publier ses mémoires sous la forme d’un feuilleton dans les colonnes de la revue littéraire Fin de Siècle. Ce qu’elle fit durant l’été 1902. Le préfet de police lui a toutefois interdit de se produire de nouveau sur scène.

En 1917, elle s’est mariée avec un cordonnier dont elle a élevé les quatre neveux. Elle a tenu un commerce de bonneterie pendant un temps et en 1925 elle a repris la gestion de trois maisons closes située dans la rue des Rosiers. Elle est morte de la tuberculose en 1933.

Depuis, son histoire a fait l’objet de livres, de bandes dessinées et même d’un célèbre film de Jacques Becker sorti en 1952 et interprété par Simone Signoret. Un jardin du 20ème arrondissement de Paris porte son nom depuis 1972. Elle est ainsi devenue un personnage historique de Paris !

Affiches du films “Casque d’Or” de Jacques Becker

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Severiano de Heredia

Ce personnage historique a été maire de Paris en 1879. Il est le premier métis et le dernier en date à avoir occupé ce poste.

Un metisse issu de la bourgoisie cubaine

Severiano de Heredia est né à Cuba, le 8 novembre 1836, à une époque où l’île était encore une colonie espagnole pratiquant l’esclavage. Inscrit sur les registres de naissance en tant que « mulâtre, né libre », Severiano de Heredia était l’enfant de deux « gens de couleur libres », autrement dit des Noirs ou des Métis, mais non esclaves. Il était également le filleul d’un avocat et propriétaire d’une grande plantation possédant des esclaves. Il a donc grandi dans une famille aisée. 

La récolte dans une plantation de canne à sucre à Cuba au 19eme siècle

À l’âge de 10 ans, son parrain l’a envoyé à Paris accompagné de sa marraine d’origine française. Et cela, afin de l’éloigner des troubles qui agitaient alors Cuba et qu’il reçoive la meilleure éducation possible. Il a donc fait ses études à Paris dans le lycée Louis-le-Grand, réservé aux élites, et a fini par y recevoir le grand prix d’honneur en 1855.

Passionné de littérature, il a commencé à écrire des nouvelles et des poèmes, puis s’est lancé dans une carrière de journaliste et de critique, en travaillant au sein de journaux comme La Tribune française, politique et littéraire, au sein duquel ont également œuvré Émile Zola et Luc Ferry.

En 1868, il a épousé une Française – Henriette Hanaire – dont il a deux fils.  En 1870, il a obtenu la naturalisation française.

Conseiller municipal, député, puis ministre

Parallèlement, il s’est lancé dans une carrière politique. Il a pris position en faveur de l’indépendance cubaine. En 1866, il a rejoint la Franc-maçonnerie en adhérant à « L’Étoile Polaire » du Grand-Orient de France. Il s’est ensuite engagé dans le camp républicain, tendance radicale.

De 1973 à 1881, il a été plusieurs fois élu au conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes, dans le 17eme arrondissement. Et en 1879, il est même devenu président du conseil municipal de Paris. Cela lui vaut aujourd’hui d’être désigné comme le « premier maire noir de Paris ». Toutefois, ce poste était honorifique, limité à un an, et ne permettait pas d’accéder aux mêmes pouvoirs que ceux du maire actuel. Lors de ce passage parmi les élus parisiens, Severiano de Heredia a défendu différentes mesures sociales comme la création de coopératives ouvrières et la mise en place de bibliothèques municipales.

Une séance du conseil municipal de Paris en 1889 (Dessin de M. Gérardin et M. Julien Tinayre)

Il a ensuite poursuivi sa carrière à l’Assemblée nationale où il a été élu député en 1881 et 1889. Là, il a pris position en faveur de la laïcisation des hôpitaux et des cimetières, de la légalisation du divorce, des sociétés de secours mutuel ou encore de la limitation de la journée de travail à 10 heures pour les enfants de moins de douze ans. 

Enfin, il a été ministre des Travaux publics durant six mois en 1887. À ce titre, il a par exemple travaillé sur les différents projets du futur métro parisien dont la première ligne sera inaugurée en 1900.

Photographie et caricature de Severiano de Heredia à la l’époque de son mandat de député

Déclin

Par la suite, sa carrière a néanmoins périclité et il a perdu aux élections législatives de 1889 et 1893. L’une des raisons expliquant de son déclin serait à chercher du côté de l’expansion de l’empire colonial français, qui était alors justifié par le devoir de « civiliser » les populations indigènes. Projet colonial qui se manifestait dans Paris par l’organisation de zoos humains mettant en scène des hommes, des femmes et des enfants non européens venant des colonies. 

En effet, dans ce contexte, la présence de Severiano de Heredia parmi les élites françaises devenait gênante pour les partisans du projet colonial français, car elle contredisait la nécessité de « civiliser » les Noirs. À cette époque, le racisme s’est développé et Severiano de Heredia a ainsi été surnommé par certains « le ministre chocolat », « le nègre du ministre » ou encore le « nègre roublard aux grosses lippes ».

À noter que malgré cela, Severiano de Heredia ne s’est pas opposé à la colonisation. En tant que député, il a par exemple voté en faveur de la deuxième expédition militaire du Tonkin visant l’expansion coloniale française en Asie du Sud-Est. Du reste, après avoir hérité de la plantation cubaine de son parrain, il a lui-même été propriétaire d’esclave.

Campagne du Tonkin. Le commandant Riviere entre dans Nam Dinh (dessin Dick de Lonlay datant de 1888)

Après 1893, il s’est retiré de la vie politique et s’est consacré à l’histoire de la littérature. Il est mort le 9 février 1901 d’une méningite à son domicile de la rue de Courcelles à Paris. Il est enterré au cimetière des Batignolles. En 2013, une voie du 17e arrondissement a été rebaptisée avec le nom de ce personnage historique de Paris.

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En savoir plus : Paul Estrade, Severiano de Heredia. Ce mulâtre cubain que Paris fit « maire » et la République, ministre, Paris, Les Indes Savantes, 2011, 166 p.

Le grand hiver de 1879

Le climat parisien est de type océanique. Les hivers y sont donc doux avec une température moyenne tournant autour des 5° Celsius. La capitale a néanmoins connu quelques hivers exceptionnels. Cela a été le cas de celui de 1879 qui a été si rude qu’on le peut le classer parmi les rares catastrophes naturelles qui ont touché Paris.

Accumulation de neige

Au début du mois de décembre 1879, la neige a recouvert Paris. La quantité était si importante et les températures si basses qu’elle y est restée plusieurs semaines.

Paris n’était pas préparé et le déblaiement s’est avéré extrêmement difficile, voire impossible. Le service de la voie publique de la ville a mobilisé environ 20 000 ouvriers, 3000 charrettes et 5000 chevaux. Cela n’étant pas suffisant, elle a dû réquisitionner les commerçants, les artisans et les maraîchers disposant de charrettes et de chevaux. Le 11 décembre se sont ainsi 40 000 véhicules et 11 000 chevaux qui ont été employés pour dégager la neige des grands axes.

Encore fallait-il savoir ou mettre les tonnes de neige ainsi dégagée. Les décharges publiques ont vite été remplies. Il a alors été décidé de jeter la neige dans Seine, mais le fleuve a gelé et la neige accumulée a fini par atteindre le haut des ponts.

“Vue de toits (Effet de neige)” (peinture de Gustave Caillebotte datant de 1879)

L’accumulation de neige sur les toits a également causé des problèmes, car toutes les constructions n’étaient pas assez solides pour en supporter le poids. Or la mairie a interdit aux Parisiens de déblayer leurs toits, afin d’éviter que la neige tombe dans la rue et s’ajoute à celle qu’elle n’arrivait pas à enlever. Des constructions se sont donc écroulées.

Le marché Saint Martin, situé dans le 10e arrondissement, était fait de pierre et de poutres métalliques et paraissait solide. Le 9 décembre 1879, vers 21h45, il s’est affaissé sous le poids de la neige dans un fracas assourdissant. Le marché étant vide à cette heure tardive, il n’y’a pas eu de victime.

Ralentissement des transports terrestres et fluviaux

La neige a considérablement ralenti les déplacements dans la région parisienne. Les lignes de train se sont arrêtées. Les tramways et les omnibus tractés par des chevaux ont été confrontés à des accidents très fréquents, car les animaux dérapaient sur la chaussée. Certains Parisiens ont donc eu l’idée de fabriquer des traîneaux pour remplacer les fiacres. On a ainsi compté sur les Champs-Élysées, jusqu’à un traîneau pour cinq carrosses durant cet hiver 1879 !

De même, la Seine étant gelée sur 40 centimètres d’épaisseur, la circulation des bateaux y est devenue impossible. La glace a endommagé les coques des navires, même si les mariniers tentaient de la briser au fur et à mesure qu’elle se formait autour de leurs bateaux.

Les Parisiens ont alors commencé à se promener à pied sur la Seine et à y faire du patin. La nuit de Noël 1879, une balade au flambeau y a même été organisée, entre le pont de la Concorde et le Pont-Neuf.

Début janvier 1880, la glace a fondu brusquement à la faveur d’un réchauffement de la température. Le courant a été très fort et les morceaux de glace et les déchets de bois ont endommagé différents ponts de Paris, brisant même la passerelle des Invalides.

La Seine a ensuite gelé de nouveau, perdant son aspect lisse et devenant impraticable même à pied ou en patin.

Toutes ces difficultés de transport ont fini par impacter l’approvisionnement de la ville. Les Parisiens n’ont pas connu la famine durant l’hiver, mais certaines marchandises, comme le charbon, ont manqué.

Immobilisation des machines par le gel

Durant cet hiver 1879, la température est descendue jusqu’à -23 degrés. Ce froid sibérien a causé des problèmes en gelant de nombreux mécanismes.

Des canalisations d’eau ont gelé et se sont brisées. Le gaz a dû être coupé, car les compteurs étaient pris par le givre. Le Musée du Louvre a ainsi dû fermer ses portes, car le chauffage n’y fonctionnait plus.

De même, des usines ont été mises à l’arrêt puisque les machines étaient grippées par le froid. Des milliers d’ouvriers parisiens se sont donc retrouvés au chômage technique. Une chaudronnerie industrielle située dans la rue Vicq d’Azir, entre le canal Saint Martin et le parc des Buttes Chaumont, a même été détruite. Le gel a bloqué un circuit d’évacuation d’une machine à vapeur qui s’y trouvait. La pression s’y est donc accumulée et tout a explosé. Le plafond de l’usine s’est écroulé et les flammes se sont propagées. Six ouvriers ont été tués et quatre autres blessés.

Une chaudronnerie parisienne en 1909

Premier salage des rues parisiennes

Si le déblayage de la neige n’a pas été efficace, cet hiver 1879 a néanmoins été l’occasion de mettre en place un nouveau procédé à Paris : le salage des rues. Après un essai fructueux sur le boulevard de Clichy, 20 000 kilos de sel ont été rependus sur les rails des tramways permettant ainsi de les faire repartir. Quelques grands axes ont ensuite bénéficié de ce traitement. Après l’hiver 1879, Paris a donc décidé de commander avant chaque saison hivernale 4 000 tonnes de sel réparties dans une dizaine de dépôts municipaux. Le chasse-neige a même fait son apparition quelques années plus tard, en 1881.

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La crue de la Seine de 1910

Paris a connu quelques catastrophes naturelles dans son histoire. À ce titre, on peut évoquer le grand hiver de 1879… ou encore la crue de 1910 durant laquelle une partie de Paris a été submergée par les eaux.

Manque d’anticipation malgré des signes avant-coureurs

En 1909, Paris a connu un été très pluvieux et d’abondantes précipitations à l’automne qui ont saturé les sols d’eau. La région a ensuite été frappée par un début d’hiver très froid qui a gelé les sols et qui les a rendus encore plus difficilement pénétrables par la pluie. Or à la mi-janvier d’importants orages se sont de nouveau abattus sur la région parisienne. Les sols étant déjà gorgés d’eau et impénétrables, l’eau a ruisselé jusqu’aux affluents de la Seine et provoqué leurs crues.

Rapidement, des communes de la banlieue de l’Est parisien ont commencé à être inondées, mais personne à Paris n’a semblé prendre la mesure de ce qu’il risquait de se passer et rien n’a été préparé pour faire face à la crue dans la capitale.

Le Champ-de-Mars durant l’exposition universelle de Paris, en 1900

Peut-être que ce manque d’anticipation a été causé par un sentiment d’invulnérabilité et une confiance trop forte des Parisiens dans leur ville. En effet, celle-ci s’était modernisée à la faveur de la révolution industrielle ; l’électricité, le métro et les véhicules à moteur s’y étaient développés ; et elle connaissait un rayonnement international depuis l’exposition universelle de 1900.

Quoi qu’il en soit, le 20 janvier 1910, ce qui a été appelé la « semaine terrible » a commencé pour Paris.

Montée du niveau de la Seine

Dès le 20 janvier, le Zouave du pont de l’Alma avait déjà les pieds dans l’eau. Cette statue de Georges Diebolt, inaugurée en 1856, représente un des soldats de la guerre de Crimée. Elle fait office de repère de la montée des eaux de la Seine. Lorsque ses pieds sont sous l’eau, cela signifie que le niveau de la Seine se trouve à 3,80 mètres de hauteur d’eau au-dessus de la normale. Le jour même, la navigation sur la Seine a donc été arrêtée, car il n’y a plus assez de place pour passer sous les ponts. Du reste, les berges étaient inondées.

Le 28 janvier, à l’apogée de la crue, l’eau a atteint les épaules du Zouave du pont de l’Alma. Le niveau de Seine a ainsi fini par atteindre les 8,62 mètres au-dessus de la normale.

Paris sous l’eau

Entre-temps, dès le 21 janvier, les eaux de la Seine se sont diffusées par infiltration dans tous les réseaux souterrains de la ville (égout, distribution d’eau, téléphone, métro…). L’eau ressortait dans la ville par les bouches d’égout et les sorties du métro… précédées par des nuées de rats qui vivaient dans les égouts et qui fuyaient la montée des eaux.

12 arrondissements de Paris et 40 kilomètres de rues ont ainsi été inondés, soit 720 hectares au total.

Les zones autour de la Seine ont été les plus touchées, en particulier celles qui correspondaient au lit du fleuve à l’époque néolithique puis à des marécages progressivement asséchés à partir du Moyen Âge, comme le quartier du Marais qui a donc été totalement submergé.

Or, ces espaces autour de la Seine ont toujours concentré les fonctions politiques et culturelles de Paris et de la France. Les lieux de prise de décision ont donc été largement désorganisés par la crue. De nombreuses archives importantes ont été perdues, comme celles du Palais de Justice sur l’île de la Cité. Des musées importants ont aussi été endommagés, même si les tableaux conservés dans les sous-sols du Louvre ont été sauvés in extremis.

Au final, ce sont 20 000 immeubles qui ont été touchés et plus de 200 000 Parisiens (sur 3 millions) qui se sont retrouvés sans logement. Certains se sont réfugiés chez leurs voisins à l’étage supérieur ou dans leurs familles. D’autres ont été hébergés dans des gymnases comme celui de la rue Saint-Lambert.

Le gymnase de la rue Saint Lambert en janvier 1910

Dès le 22 janvier, le gouvernement a débloqué 2 millions de francs-or, puis 20 millions en plus le 11 février pour dédommager les victimes de cette catastrophe naturelle.

Paris à l’arrêt

Les rues se sont transformées en canaux semblables à ceux de Venise, et la circulation en tramway, en voiture ou à pied est devenue impossible. Du reste, la moitié du réseau métropolitain existant à l’époque a été inondée, toutes comme les Gares d’Orsay, d’Austerlitz et de Saint-Lazare.

Le 22 janvier, le gouvernement a donc envoyé l’armée pour installer des planches de bois au niveau des habitations les plus proches de la Seine. D’autres Parisiens ont eu recours à des chevaux quand le niveau de l’eau n’était pas trop haut ou bien à des barques.

Avec la montée des eaux, les installations électriques et téléphoniques sont tombées en panne dans tout Paris. L’usine de la Société Urbaine d’Air Comprimé située dans le 13e arrondissement a également été arrêtée. Or, l’air comprimé alimentait à l’époque les horloges publiques, les ascenseurs, les pompes à eau, et de nombreuses machines dans les usines. Enfin, les stocks de charbon n’ayant pas été mis à l’abri, une grande partie était détrempée et inutilisable. Sans électricité, sans air comprimé et sans charbon, toute l’industrie du bassin parisien a donc été immobilisée.

Ce n’est pas tout. Les usines d’épuration située au bord de la Seine sont devenues inaccessibles et l’eau potable a manqué dans certains quartiers de Paris. Les égouts ont débordé et ont reflué dans les rues et dans la Seine.

De même, des dizaines de milliers de fosses septiques dans les sous-sols qui n’étaient pas raccordés aux collecteurs municipaux ont été inondées.

Les incinérateurs de déchets ont subi le même sort que les usines d’épuration, et comme les bateaux qui évacuaient hors de Paris les ordures ne pouvaient plus passer sous les ponts, les déchets ont commencé à s’amonceler dans la ville. Le préfet a donc mis en place l’opération « Ordures au fil de l’eau » consistant à collecter et déverser les déchets dans la Seine, en aval de Paris, à partir du pont de Tolbiac. 1 300 tonnes de déchets ont ainsi été noyées dans le fleuve, volontairement ou non.

L’eau étant ainsi polluée, des cas de scarlatine et de typhoïde sont apparus, tandis les autorités ont commencé à craindre une épidémie de choléra, comme en 1884. 

Épilogue

À partir du 29 janvier 1910, l’eau a commencé à baisser, mais il fallut attendre la mi-mars pour que la crue soit entièrement résorbée. Il a ensuite fallu plus de deux mois pour évacuer les boues et la vase, pomper l’eau des caves, désinfecter et assainir les sous-sols et les immeubles.

Au total, l’inondation a causé des dégâts d’un montant de 400 millions de francs-or (soit l’équivalent de plus de 1,6 milliard d’euros). La catastrophe a aussi fait une victime à Paris et une trentaine dans sa banlieue.

Pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise, il a été décidé de renforcer la surveillance des affluents de la Seine. Des barrages-réservoirs ont aussi été construits après une nouvelle inondation en 1924. Ces grandes constructions permettent de retenir une partie de l’eau des rivières en crue en amont de Paris.

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Invention du canon de midi

Les premières montres portatives sont apparues au 16ème. Pendant longtemps, elles ont été considérées comme des objets de luxe et seuls les riches pouvaient s’en offrir une. Du reste, elles n’étaient pas automatiques.

À Paris, les nobles et les bourgeois qui possédaient une montre devaient donc la remonter chaque jour à midi en se fiant aux cloches d’une église, à une horloge publique (la plus ancienne étant celle de l’île de la Cité), ou un cadran solaire.

C’est dans ce contexte, en 1785, qu’un certain Rousseau, horloger parisien installé au Palais Royal, au 95 de la Galerie de Beaujolais, semble avoir inventé un objet qui a ensuite été baptisé canon de midi ou canon solaire.

Exemplaire d’un canon fabriqué par Rousseau, et conservé dans le musée du fabriquant de montres Hamilton

Ce canon servait à un indiquer à son propriétaire lorsqu’il était midi afin de lui permettre de régler sa montre. Il mesurait quelques centimètres et était équipé d’une loupe, précisément installée dans l’axe du méridien de Paris, qui concentrait les rayons du soleil afin d’enflammer une mèche mettant à feu une petite charge de poudre produisant une forte détonation, à midi. Aucun projectile n’était envoyé.

Ce canon de midi a remporté un certain succès et, en 1786, Louis-Philippe d’Orléans en un commandé un exemplaire géant afin d’en faire une attraction pour le jardin du Palais Royal. Pendant longtemps, ce canon a ainsi attiré les possesseurs de montre des environs ainsi que de nombreux curieux.

Il a arrêté de tonner après la loi de 1911 qui a imposé l’heure de Greenwich. Il a ensuite été rénové en 1974, puis volé en 1998. Aujourd’hui, une copie peut toujours être admirée au Palais Royal. Un artificier fait tonner ce canon tous les mercredis à midi.

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Le prince tué par un cochon

Au moyen-âge, la plupart des rues de Paris mesuraient seulement trois mètres de large. Et il n’y avait pas de trottoir. Le sol des rues était fait de terre et était donc boueux dès qu’il avait plu. Il était couvert de détritus et d’excréments en tous genre.

Ces rues étaient encombrées de chariots difficiles à manœuvrer et provocants régulièrement des accidents en abîmant les façades ou en écrasant les piétons. À ces chariots, s’ajoutaient toutes sortes d’animaux : chevaux, ânes, chèvres, cochons et volailles se baladant en liberté et se nourrissaient de détritus. Là aussi, cela pouvait causer des accidents … et un événement insolite dans l’histoire de Paris !

Illustration de l’accident ayant causé la mort de Philippe de France (enluminure datant du 14ème siècle)

Le prince Philippe de France était le fils du roi Louis VI et de sa troisième femme, Adèle de Champagne. Âgé de 14 ans, il avait été désigné comme futur roi et sacré à Reims par son père deux ans auparavant. 

Le 13 octobre 1131, il se déplaçait à cheval dans Paris et il s’engouffra dans une rue étroite près de l’Hôtel de Ville et de la place de Grève : la rue Martroi, aujourd’hui disparue. Un cochon s’est alors mis sur son passage. Le prince est tombé de cheval la tête la première et son cheval la piétiné.

L’abbé Suger proche du roi a ainsi écrit dans sa chronique du règne de Louis VI : « un porc, véritable envoyé du diable, se mit en travers de son chemin et heurta le cheval qui tomba lourdement. Le cavalier fut projeté sur une grosse pierre, piétiné, puis écrasé par le corps du cheval ».

Le prince Philippe est décédé quelques heures plus tard avec, à son chevet, ses parents Louis VI et Adélaïde de Savoie.

Suite à ce drame, Louis VI aurait émis un édit royal interdisant à tous les propriétaires de cochon de les laisser circuler dans les rues de Paris, sous peine de les voir confisquer au profit du bourreau. Cette interdiction n’a toutefois pas été appliquée très longtemps, et d’autres rois ont dû l’imposer de nouveau en 1261, 1369 et 1667. Preuve de la persistance du problème.

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Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt était une actrice de théâtre et de cinéma, connue en France et à l’étranger. Elle est restée dans les mémoires devenant ainsi un véritable personnage historique de Paris.

Débuts

Sarah Bernhardt est née à Paris, entre 1841 et 1844. Sa mère était une créatrice de chapeau et une courtisane parisienne, connue sous le nom de Youle. Son père était probablement un marin, mais il ne l’a jamais reconnu.

Sarah Bernhardt et sa mère

Sa mère l’a rapidement délaissé et l’a confié à une nourrice en Bretagne. Toutefois, l’amant de sa tante — le duc de Morny — a pourvu à son éducation et l’a inscrite au couvent des Grand-Champs à Versailles où elle a étudié jusqu’à ses 14 ans. Elle y a joué ses premiers rôles dans des spectacles religieux et a envisagé pendant un temps de devenir nonne.

Elle a ensuite passé le concours du Conservatoire d’Art dramatique de Paris, grâce à la recommandation du duc de Morny, et elle y a été reçue en 1859. Bien notée, elle est entrée à la Comédie-Française, mais elle en a été renvoyée en 1866 pour avoir giflé une autre active qui avait violemment bousculé sa sœur.

Succès en France

Sarah Bernhardt en 1864

Malgré cela, elle a signé un contrat avec le théâtre de l’Odéon et a commencé à se faire connaître du public grâce à son interprétation dans Le Passant de François Coppée en 1869.

Elle a ensuite triomphé avec le rôle de la Reine dans Ruy Blas, la pièce de Victor Hugo. Ce succès lui valut d’être rappelée par la Comédie-Française, dont elle a été nommée sociétaire en 1875. Elle y a ensuite joué Phèdre et une autre pièce de Victor Hugo : Hernani.

Son style de jeu, grandiloquent et exagéré, tant dans la gestuelle que dans les intonations de la voix, lui a alors valu d’être surnommée la « Voix d’or », « la Divine » ou encore l’« Impératrice du théâtre ».

Après de multiples rôles, elle a pris la direction du Théâtre de la Renaissance, puis en 1899, celle du théâtre des Nations, qu’elle a rebaptisé Théâtre Sarah-Bernhardt, et qui porte aujourd’hui le nom de Théâtre de la Ville.

Star internationale

Parallèlement, en 1880, elle a créé sa propre compagnie avec laquelle elle a joué à l’étranger jusqu’en 1917. Devenue l’une des premières « stars » internationales du théâtre, elle s’est ainsi produite à Londres, ou Oscar Wilde lui a écrit la pièce Salomé ; à New York et Los Angeles où elle a joué des rôles d’hommes comme Hamlet et obtenu son étoile sur Hollywood Boulevard ; à Copenhague ; à Moscou et Saint-Pétersbourg et même en Amérique du Sud.

Après avoir joué dans plus de 120 spectacles en France et à l’étranger, Sarah Bernhardt est également devenue actrice de cinéma. Son premier film — Le Duel d’Hamlet — a été tourné en 1900. Il s’agissait d’un des premiers essais de cinéma parlant. Elle a ensuite joué dans une dizaine de films muets.

Sarah Bernhardt a aussi été novatrice dans son approche des arts du spectacle, par son usage des médias et de la réclame.

Elle a ainsi fait appel au peintre Alfons Mucha pour dessiner ses affiches à partir de décembre 1894. De même, afin de promouvoir son spectacle aux États-Unis, elle a rencontré Thomas Edison pour que celui-ci l’enregistre sur cylindre pendant qu’elle déclamait un passage de Phèdre.

Affiches d’Alfons Mucha

Elle mettait également en scène sa vie personnelle de façon à susciter l’intérêt des journalistes et du public. Ainsi, dans les années 1880, alors que la rumeur courait qu’elle dormait dans un cercueil, elle a joué la carte de la provocation et s’est fait photographier dans un cercueil à son domicile afin de se faire encore plus de publicité. Les clichés ont fini par être vendus sous forme de carte postale.

Enfin, pour accroître encore ses revenus, elle n’hésitait pas à faire de la publicité pour l’alcool ou des produits de beauté.

En 1915, à l’âge de 70 ans, Sarah Bernhardt a été amputée de la jambe droite en raison d’une blessure mal soignée qu’elle s’était faite en chutant. Elle a malgré tout continué à jouer assise et en 1916, durant la Première Guerre mondiale, elle s’est même rendue sur le front pour rendre visite aux soldats français.

Elle a d’ailleurs fini par mourir durant le tournage d’un dernier film en 1923. Après des obsèques auxquelles ont assisté des milliers de Parisiens, elle a été enterrée à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

Une statue de l’actrice, réalisée par le sculpteur français François-Léon Sicard en 1926, est située place du Général-Catroux dans le 17e arrondissement de Paris.

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La première photographie d’un humain

Parmi les avancées scientifiques qui se sont produites à Paris, on compte la première réalisation d’une photographie immortalisant un être humain, en 1838.

Cette photo a été prise par Louis Daguerre, un artiste peintre et décorateur de théâtre qui était en train de mettre au point un nouvel appareil photographique – le daguerréotype – permettant d’enregistrer une image sur une surface d’argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière.

Il ne s’agissait pas du premier appareil photographique, mais il constituait une avancée considérable, car jusque-là les images produites n’étaient pas précises, avaient tendance à disparaître rapidement, et nécessitaient plusieurs jours de pose.

L’image représente le boulevard du Temple, dans le 3ème arrondissement de Paris. Elle a été prise depuis la fenêtre de l’appartement-atelier de Louis Daguerre situé sur la place de la République, au niveau de l’actuelle caserne Vérines. Elle a été prise au petit matin, vers 8h ou 9h, en avril ou mai 1838.

À ce moment, Louis Daguerre n’avait pas rendu publique son invention et réalisait encore des essais en vue de l’améliorer.

Il était ainsi parvenu à réduire à une vingtaine de minutes le temps de pose nécessaire à la réalisation d’une photographie. Aussi, tous les objets et personnes qui ne restaient pas immobiles durant ce laps de temps n’étaient pas fixés sur la photographie. Raison pour laquelle le boulevard du Temple semble vide sur l’image alors qu’il devait grouiller de passants et de voitures à cheval en ce matin de printemps.

Le boulevard du Temple (photographie de Louis Daguerre datant de 1838)

Malgré cela — et c’est la particularité de ce cliché — on peut apercevoir la silhouette d’un homme en bas à droite. Il s’agit d’un parisien qui sans le savoir est resté sans bouger le temps que la photographie soit prise… car il était en train de se faire cirer les chaussures sur le boulevard !

Cette photographie a été considérée pendant longtemps comme la première photographie d’un homme. C’est en tout cas l’une des seules images de l’époque à avoir été datée officiellement et la seule à nous être parvenue avec une qualité suffisante pour distinguer une silhouette humaine.

Détail de la photographie

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Jacques Doucet

Jacques Doucet était un grand couturier, un collectionneur et un mécène des années 1880-1920. Sa contribution à l’histoire de l’art en fait un personnalité historique de Paris.

Couturier

Jacques Doucet est né à Paris en 1853. Son père vendait des chemises pour hommes, et sa mère de la dentelle et de lingeries pour dames dans leur boutique située au 21 rue de la Paix, à deux pas de l’Opéra Garnier inauguré en 1875.

C’est d’ailleurs en 1875, alors qu’il était âgé de 22 ans, que Jacques Doucet a repris l’entreprise familiale. Il a alors étendu leur activité en ajoutant aux chemises et à la lingerie, la confection de robes et de manteaux sur mesure. Il incorpore de la dentelle, des ornements de lingeries et s’inspire de la mode du 18ème siècle dans ses créations. Il a ensuite adapté ses confections aux évolutions du goût, notamment après la Première Guerre mondiale.

Rapidement, ses négligés, ses robes d’intérieur et ses robes de soirée ont font sa renommée. Et l’entreprise Doucet — devenu l’une des premières maisons de haute-couture de Paris — est devenue un lieu incontournable de la mode parisienne pour une riche clientèle d’actrices et de femmes du monde, comme Réjane, Sarah Bernhardt, Liane de Pougy, ou la Belle Otéro.

La maison Doucet — aujourd’hui disparue — a ainsi eu une grande influence dans l’histoire de la mode. Jacques Doucet a d’ailleurs formé plusieurs assistants qui sont eux-mêmes devenus de grands noms de la mode, comme Madeleine Vionnet ou Paul Poiret.

Néanmoins, Jacques Doucet n’appréciait pas être défini comme couturier, il préférait être perçu comme un collectionneur d’art, son autre grande passion.

“Le Salon de M. Doucet” (dessin de Pierre Gatie datant de 1911 representant la boutique Doucet, rue de la Paix)

Collectionneur d’art

En effet, il a rapidement investi dans l’art une partie de la fortune gagnée grâce à la mode. Il a ainsi constitué une première collection de mobilier, d’objets décoratifs et d’œuvres d’art datant du 18ème et 19ème siècle. Et cela sans doute, pour emménager sa demeure en vue de son mariage avec une jeune femme issue d’une famille noble qu’il aimait en secret.

Après la mort de cette dernière, en 1912, il a vendu la quasi-totalité de cette collection lors d’une vente aux enchères qui a été qualifiée de « vente du siècle » par les journaux de l’époque, et qui lui a rapporté presque 15 millions de francs anciens, soit l’équivalent de 47 millions d’euros.

Il s’est ensuite lancé dans la constitution d’une nouvelle collection, en s’appuyant sur les conseils de spécialistes de différents courants artistiques. Il s’est alors concentré sur le mobilier et l’art moderne ou contemporain.

Il conservait ses plus belles pièces dans les différents appartements qu’il a eu et qui ressemblaient donc à de véritables musées. Son dernier logement — un hôtel particulier de la rue Saint James à Neuilly démoli après sa mort — était ainsi équipé d’une collection de pièces Art-Déco signées de Marcel Coard, Joseph Csaky, Jean Dunand, Eileen Gray et Pierre Legrain. L’appartement s’ouvrait sur un vestibule où étaient accrochées Les Demoiselles d’Avignon de Picasso. On y trouvait une pièce, d’inspiration orientale, remplie de porcelaines chinoises, de cristaux, d’émaux et de statuettes bouddhistes. Et dans la salle principale, des peintures — de Manet, Cézanne, Degas, Van Gogh, Matisse, Picasso, ou encore Miro — trônaient non loin d’œuvres primitives de Côte d’Ivoire et d’Afrique centrale.

À noter que le couturier Yves-Saint-Laurent, s’est par la suite inspiré de ce décor pour aménager son propre appartement et constituer sa propre collection.

Bibliophile

Conseillé par différents spécialistes, Jacques Doucet a également constitué une bibliothèque couvrant l’art de tous les temps et de tous les pays, et rassemblant 100 000 volumes, ainsi que des manuscrits originaux, des esquisses et travaux préparatoires ayant servi à la conception d’œuvres d’art, des photographies documentaires, et une collection de dessins.

Pour faire de la place à cette bibliothèque, il a racheté 6 appartements mitoyens à son logement d’alors situé rue Spontini dans le 16ème arrondissement de Paris.

En 1917, il en a légué le contenu à l’université de la Sorbonne en 1917, qui l’a installé en 1936 dans les locaux de l’Institut d’art et d’archéologie, rue Michelet. En 2003, cette bibliothèque a été déplacée dans la salle Labrouste de l’Institut national d’histoire de l’art.

En 1929, Jacques Doucet est mort des suites d’une maladie cardiaque. Entre-temps, il avait vendu sa maison de haute-couture à un financier qui l’a fusionné à l’entreprise du couturier Georges Doeuillet pour en faire la marque Dœuillet-Doucet qui a perduré jusqu’en 1937.

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